Nzanga Mobutu dénonce l’implication du Rwanda derrière le M23 pour déstabiliser la RDC

 

Dans une interview exclusive accordée lundi 3 janvier au journal El Diario de Hoy d’El Salvador, Nzanga Mobutu, ancien vice-Premier ministre et président de l’Union des démocrates mobutistes, a livré une analyse percutante de la situation géopolitique actuelle de la République Démocratique du Congo (RDC). Pour lui, le M23, un groupe rebelle armé opérant dans la région du Kivu qui est «un instrument du Rwanda destiné à déstabiliser la RDC».

La situation dans l’est de la RDC, notamment dans la région du Kivu, est de plus en plus préoccupante. Le M23, né en 2012, a intensifié ses attaques contre les forces armées congolaises, et ses récents succès, notamment l’entrée du groupe dans la ville stratégique de Goma, ont attiré l’attention de la communauté internationale. Nzanga Mobutu souligne que Goma, qui partage une frontière avec le Rwanda et l’Ouganda, est au cœur des enjeux militaires et géopolitiques de la région. Les tensions qui y règnent exacerbent le risque d’une guerre régionale ouverte.

Selon Nzanga Mobutu, le M23 a des racines profondes dans l’histoire récente de la RDC, remontant à l’époque où le Rwanda a joué un rôle clé dans le renversement du Maréchal Mobutu Sese Seko en 1997. Ce renversement, qui a donné lieu à la prise de pouvoir par Laurent-Désiré Kabila, a marqué le début de la déstabilisation prolongée de la RDC, un processus qui n’a cessé d’alimenter les conflits internes et les ingérences étrangères, notamment du Rwanda.

Nzanga Mobutu a fait savoir que le M23 n’est pas seulement une rébellion locale, mais un groupe manipulé par le Rwanda de Paul Kagame. Bien que Kigali refuse officiellement de soutenir le M23, de nombreuses preuves pointent vers un soutien militaire et logistique du Rwanda, en particulier en ce qui concerne l’armement sophistiqué dont bénéficie le groupe rebelle. À en croire Nzanga Mobutu, cette stratégie rwandaise vise à exacerber les divisions ethniques et à raviver des tensions anciennes, notamment celles héritées du génocide rwandais de 1994, où un million de Tutsis ont été tués.

Le M23, de son côté, accuse le gouvernement congolais de discriminer la minorité tutsie, une accusation qui s’inscrit dans un contexte complexe d’hostilités ethniques entre Hutus et Tutsis. La fin de la guerre inter-rwandaise en 1996 a vu des milliers de Hutus fuir vers l’est de la RDC, ce qui a aggravé les tensions dans la région. Nzanga Mobutu estime que le groupe rebelle, avec son discours mélangeant nationalisme et régionalisme, cherche à raviver ces conflits pour ses propres intérêts.

Le pape François, dans un appel du 29 janvier, a exhorté à un cessez-le-feu immédiat et a demandé des prières pour la région du Nord-Kivu, alors que Goma, une ville stratégique, tombe aux mains du M23. L’ONU et d’autres acteurs internationaux ont exprimé leurs inquiétudes face à la situation, appelant à une désescalade immédiate et à la mise en place de mesures de protection pour les civils pris dans le conflit.

D’après Nzanga Mobutu, la communauté internationale doit agir rapidement pour éviter une escalade du conflit et empêcher que la RDC ne devienne une fois de plus le théâtre d’une guerre imposée par des intérêts extérieurs.

Gilbert NM

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